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20 ans après le coup d’Etat : Bédié, le ciment de la réconciliation

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Lorsqu’il succède à Félix Houphouët Boigny à sa mort le 7 décembre 1993, Henri Konan Bédié a 59 ans. Il doit gérer un lourd héritage que lui a légué constitutionnellement, le père fondateur Félix Houphouët Boigny. Nous sommes à trois ans après l’avènement du multipartisme en Côte d’Ivoire. La démocratie ivoirienne est encore nourrie au biberon. L’opposition conduite à l’époque par le Front populaire ivoirien (FPI) avec à sa tête un leader charismatique, Laurent Gbagbo, mettait tout dans la lutte. Casses de bus, marches non autorisées, menaces de déstabilisation du pays, tout y était.

Dans le monde scolaire et universitaire, il y avait une certaine Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), avec aussi à sa tête des leaders bouillants (Martial Ahipeaud, Jean Blé Guirao, Soro Kigbafory Guillaume et Charles Blé Goudé). De façon générale, tous ces leaders décriaient la gestion d’Henri Konan Bédié et demandaient ouvertement ou de façon voilée, son départ du pouvoir. « C’est un dictateur », disaient-ils en chœur.

En 1994, des militants du PDCI avec à leur tête Georges Djéni Kobina quittent le parti d’Houphouët-Boigny pour fonder le Rassemblement des Républicains (RDR). Ce dernier s’allie au Front populaire ivoirien de Laurent Gbagbo dans ce que l’on a appelé le Front Républicain. Bédié fait face à une opposition farouche. D’abord le boycott actif lors de l’élection présidentielle d’octobre 1995, avec son lot de morts et de disparus.

A la mort de Djéni Kobina, Alassane Ouattara prend la tête du RDR. Il a des ambitions présidentialistes. «  Si Ouattara n’est pas candidat, la Côte d’Ivoire sera plus que le Rwanda », avait déclaré Laurent Gbagbo dans un tabloïd abidjanais. Il faisait allusion au génocide que venait de vivre ce pays de l’Afrique centrale.

Henri Konan Bédié devait faire face à tous ces adversaires politiques. Qui estimaient à tort ou à raison qu’il ne dirigeait pas bien le pays. Des critiques acerbes sur sa politique et sa personne. Bédié était peint de tous les maux d’Israël  par ses détracteurs. ». Tous étaient contre Bédié. Certains lui vouaient une haine sans précédent.

La suite de l’histoire, on la connait. La Côte d’Ivoire enregistre son premier coup d’Etat militaire sous Henri Konan Bédié, le 24 décembre 1999. Il est contraint en exil avec son épouse Henriette et certains de ses proches collaborateurs.

Avant le 24 décembre 1999, Bédié était perçu par Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, Soro Guillaume, Charles Blé Goudé ou encore Pascal Affi N’guessan comme un « dictateur » et l’homme à abattre. Le FPI de Laurent Gbagbo qualifiait le coup d’Etat de 1999 de « salutaire », tandis que les militants du RDR voyaient en ce putsch, « un coup de pouce à la démocratie ».

Bédié et le pardon

En adepte du dialogue et de la tolérance, Henri Konan Bédié a fait la paix avec tous ses adversaires d’hier, même les plus farouches. D’abord avec Alassane Ouattara, qui était présenté par une part de l’opinion ivoirienne, à tort ou à raison comme le bénéficiaire du coup d’Etat de 1999. A la faveur d’une rencontre sur la crise ivoirienne à Accra, Anaky Kobena, alors président du Mouvement de forces d’avenir, réussit à nouer le premier contact entre Ouattara et Bédié. Tout part de là.

Sous l’impulsion des deux hommes, furent créés d’abord le G 7, puis le Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix, en 2005, à Pairs. Ils vont rester ensemble jusqu’à un passé récent. Entre les deux tours de la présidentielle de 2010, Alassane Ouattara promet de faire de Bédié « le Julius Nyerere de la Côte d’Ivoire », une sorte d’autorité morale sous la conduite de qui, il gèrerait le pouvoir une fois élu.

Bédié accepte même d’appeler ses militants à voter pour Alassane Ouattara. Ce dernier bénéficie des conseils d’Henri Konan Bédié tout au long de son premier mandat et au début de son second mandat, favorisé par l’appel de Daoukro lancé en septembre 2014. « Tu seras ainsi le candidat unique de ces partis politiques pour l’élection présidentielle de 2015 sans préjudice pour les irréductibles qui voudront se présenter en leur nom propre », avait déclaré Henri Konan  Bédié. Renonçant ainsi à une candidature du PDCI.

En janvier 2019, Bédié reçoit à Daoukro Pascal Affi N’guessan présenté par le pouvoir d’Abidjan comme le président légal du FPI et fait la paix avec lui.

Soro Guillaume finit par le reconnaitre comme un homme bien et déclare : « Bédié est mon père ».

Depuis la Haye, Charles Blé Goudé envoie des émissaires chez le Sphinx de Daoukro. Une délégation de son parti, le Cojep, est reçue par Bédié. Courant Août- septembre 2019, il reçoit à nouveau à Paris, une délégation du COJEP.

Et ce n’est pas tout. Henri Konan Bédié se déplace en Belgique pour rendre visite à Laurent Gbagbo, acquitté depuis janvier 2019 par la Cour pénale internationale (CPI), mais privé de ses droits. Ensemble, ils décident de travailler main dans la main pour les questions d’intérêt national.

Récemment, face aux poursuites du pouvoir d’Abidjan contre Charles Blé Goudé, c’est Henri Konan Bédié qui, en père protecteur, met à la disposition de ce dernier, des avocats pour sa défense. «  Je remercie Henri Konan Bédié et le PDCI», avait déclaré Charles Blé Goudé sur sa page Facebook.

En un mot comme en mille, Bédié a pardonné et s’est réconcilié avec tous ses pourfendeurs d’hier. Ces derniers bénéficient à nouveau de ses conseils avisés en homme pétri d’expérience.

N’eût été le non-respect de la parole donnée, Alassane Ouattara serait toujours en phase avec celui qu’il appelle affectueusement son « ainé ».

Comme le disait Houphouët-Boigny, « Le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu ». Aujourd’hui, nombre d’Ivoiriens apprécient Henri Konan Bédié et reconnaissent en lui, l’homme d’Etat que la Côte d’Ivoire n’aurait jamais dû perdre.

Bédié comme Moise dans les Saintes écritures

Loin du blasphème, la vie politique de Bédié ressemble bien à la vie de Moise. En effet, né Juif et condamné à être tué à l’époque parce que les Juifs étaient nombreux et n’admettaient pas les naissances des garçons, Moise fut adopté par la fille du Pharaon d’Egypte. De sa position d’enfant adopté, c’est lui qui défendait les Juifs esclaves face à l’oppression égyptienne. Il avait été dénoncé par certains Juifs. Ce qui a conduit à sa fuite dans le désert d’où il a fait sa rencontre avec Dieu. C’est le même Moise qui est revenu en Egypte pour délivrer le peuple Juif, qu’il a conduit avec son frère Aaron à Canaan, la terre promise.

Persécuté par tous et chassé du pouvoir en décembre 1999, Bédié est contraint en exil à Paris en France. De retour, il permet d’abord à Ouattara d’accéder au pouvoir. Aujourd’hui, il milite pour le retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en Côte d’Ivoire. « J’attends Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire », avait-il déclaré à Jeune Afrique en septembre 2019.

Face à la souffrance du peuple de Côte d’Ivoire liée à la gestion du pouvoir d’Etat par Alassane Ouattara que d’aucuns qualifient de dictateur, Bédié est à nouveau appelé au secours. Michel Amani N’guessan, cadre du FPI et fidèle de Laurent Gbagbo, ne déclarait-il pas dans les colonnes du Nouveau Réveil de ce jeudi 7 novembre 2019 : « Bédié, le sauveur offre une chance à la Côte d’Ivoire ». Il appartient donc aux Ivoiriens de savoir saisir cette chance. Certainement la dernière.

DANIEL EFFOH

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