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Affaire « C’est un miracle de réaliser un taux de croissance entre 1,5 et 2%, cette année » : Non, ce n’est pas un exploit, ni un miracle

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Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, s’est réjoui de ce que le taux de croissance de la Côte d’Ivoire, cette année, se situe entre 1,5 et 2%. Mieux, pour lui “c’est un miracle“. C’était le mardi dernier à l’occasion de la cérémonie de la pose de la 1ère pierre d’un complexe industriel à Abidjan et à San Pedro, au Km 24.

« Nous transformons pratiquement 1/3 de notre production, soit entre 600 à 650 mille tonnes et grâce à ce projet, nous allons aller, dans deux, trois ans, vers un million de tonnes de transformation. Ce qui est vraiment excellent. La transformation est une valeur ajoutée, c’est à dire créer les emplois pour les Ivoiriens et ceci est très important et aussi des recettes pour le budget de l’État. C’est dire que ce projet est très important et surtout qu’il va coûter 216 milliards de FCFA. Ce qui va s’ajouter au volume des investissements déjà réalisés.

Et je veux vous dire que grâce à ces projets de ce genre, l’année prochaine, la croissance économique qui, cette année, sera entre 1,5 et 2%, ce qui est un miracle parce que la plupart des grands pays, que ce soit en Amérique ou en Europe, sont en récession. Nous n’allons pas être en récession, nous aurons un taux de croissance positif entre 1,5 et 2%. Et surtout l’année prochaine, des projets de ce genre nous permettront d’atteindre un taux de croissance de 8% » ainsi, se réjouissait le président Ouattara. A y voir de près, on se demande bien si on fait la même interprétation de la situation que le président de la République. Assurément pas. L’ex-Premier ministre Gon Coulibaly (paix à son âme) annonçait, en janvier 2020, que la Côte d’Ivoire a maintenu sa performance économique avec un taux de croissance économique de 7,5% (ou PIB) à fin 2019.

La Banque mondiale a confirmé ce taux de croissance du PIB (7,4 % en 2018 et 2019) et projeté qu’il restera supérieur à 7,0 % sur la période 2020–2021 dans l’hypothèse d’une bonne pluviométrie et de termes de l’échange favorables. Contre toute attente, on nous annonce, du fait du coronavirus, un taux de croissance entre 1,5% et 2% pour cette année. Il faut noter qu’on enregistre là une perte d’environ 6 points de pourcentage par rapport à 2019. C’est donc un taux de croissance négatif quelles que soient les raisons. C’est énorme et donc pas un exploit.

Taux de croissance par 4, c’est impossible
C’est un recul de près de 6 points de pourcentage même si pour 2020, on a réalisé un chiffre de croissance positif. En outre, ce n’est pas une panacée pour la Côte d’Ivoire. Tous les pays africains ont été impactés par les effets négatifs de la COVID-19. De façon générale, tous les pays africains ont résisté au même titre que la Côte d’Ivoire à l’impact négatif de la Covid 19. Certains de ces pays ont même mieux résisté que la Côte d’Ivoire (Nigeria, Ghana). Par contre, les pays occidentaux ont plus ressenti les effets du coronavirus. Et cela s’explique par le simple fait que l’occident est beaucoup industrialisé avec une proportion importante du secteur tertiaire. Or, ce sont les secteurs industriel et tertiaire qui ont pratiquement arrêté leurs productions du fait de la pandémie. Cela justifie le fait que certaines économies de pays occidentaux soient en récession.

D’ailleurs si les pays africains ont résisté aux effets de la pandémie, ce n’est pas forcement par la bonne gestion de leurs responsables. Mais la performance des pays africains s’explique par la structure même de leurs économies, basée sur le secteur primaire qui a été peu impacté par le coronavirus. Et puis ce n’est pas en construisant quelques usines seulement que la croissance économique va rebondir de façon spectaculaire en l’espace d’un an, passant ainsi de 1,5% à 8%. Scientifiquement et économiquement, ce n’est pas possible. De mémoire, aucun pays au monde n’a pu multiplier son taux de croissance par 4 d’une année sur l’autre, sauf si on veut tripatouiller les chiffres comme en 2014 où la Côte d’Ivoire a annoncé 9,2% de taux de croissance.

Chiffre qui a été vigoureusement contesté par le FMI et la Banque mondiale. En tout état de cause, il convient de noter qu’il est certes bon de nourrir des ambitions de booster de façon spectaculaire le taux de croissance. Mais il est encore nécessaire de créer davantage de conditions pour mieux accompagner le secteur privé qui enregistre aujourd’hui d’énormes préoccupations en attente de réponses de la part des autorités étatiques. Il faut déjà aider les entreprises à sortir la tête du gouffre dans lequel elles se trouvent actuellement du fait des mesures arrêtées par le gouvernement, dans le cadre de la riposte à la pandémie de la covid 19. Le président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Jean-Marie Ackah, a présenté la situation au chef du gouvernement, la semaine dernière.

« Je ne saurais finir ce chapitre lié à la COVID-19, sans parler des Fonds d’appui aux entreprises. Sur les 250 milliards promis aux entreprises, petites, moyennes et grandes, seulement 15 milliards ont été injectés dans l’économie 5 mois après » a-t-il dit. Non sans avoir demandé au premier ministre d’être plus regardant sur les nombreuses difficultés que rencontre le secteur privé. Le gouvernement devrait donc mettre les bouchées doubles pour améliorer les performances économiques afin de garantir le développement du pays.
FB

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