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Célébration des 125 ans de l’Eglise Catholique de Côte d’Ivoire : Le message du Cardinal Jean-Pierre Kutuwa

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Le Cardinal Jean-Pierre Kutwa, Archevêque d’Abidjan était à la paroisse Saint Esprit de Mockeyville de Grand Bassam, ce lundi 25 janvier. C’était à l’occasion de la célébration des 125 ans de l’Eglise Catholique en Côte d’Ivoire. Voici l’intégralité de son homélie qu’il a prononcée à cette occasion.

‘‘Benedicite gentes Dominum Deum nostrum. Et obaudite vocem laudis ejus.’’ ‘‘ Peuples, remerciez notre Dieu, louez-le à pleine voix.’’ Ps.65, 8

Monsieur le représentant du Président de la république, Excellence Mgr Paolo BORGIA, Nonce Apostolique en CI, Excellence Mgr Ignace DOGBO BESSI, Archevêque de Korhogo et Président de la Conférence des évêques catholiques de CI Excellences les Archevêques et évêques de CI, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, Mesdames et Messieurs les membres du Corps préfectoral Distinguées autorités politiques, civiles, coutumières, militaires et religieuses, Révérends Pères, Révérendes sœurs, Chers frères et sœurs en Christ,

Le psaume 65 dont je viens de citer un extrait, et qui nous invite à remercier notre Dieu et à le louer à pleine voix, cadre bien avec l’événement qu’Il nous permet de vivre en ce jour : la clôture des festivités marquant la fin de la célébration des 125 ans de l’évangélisation de notre pays ! Oui, peuple de Dieu venu de tous les horizons de notre pays, des contrées lointaines, et de toutes les couches sociales de notre famille nationale, remercions notre Dieu qui nous fait témoins de ce jubilé ! Louons-le à pleine voix et disons-Lui notre reconnaissance pour les hommes d’hier et d’aujourd’hui, vaillants hérauts de l’évangélisation de notre pays, eux grâce à qui, s’est répandue partout le miel de l’évangile comme un essaim d’abeilles !



‘‘Benedicite gentes Dominum Deum nostrum. Et obaudite vocem laudis ejus.’’ ‘‘ Peuples, remerciez notre Dieu, louez-le à pleine voix.’’ Ps.65, 8

Comme vous le devinez certainement, lorsque l’homme rencontre Dieu, cela ne le met pas uniquement en présence de l’Absolu, mais cette rencontre le comble et transforme sa vie. Dès lors, l’action de grâce qui monte de son cœur, apparaît comme la réponse à cette grâce progressive et continuelle dont Dieu ne cesse de le combler. A la fois prise de conscience des dons de Dieu mais aussi élan très pur de l’âme saisie d’émerveillements par cette générosité et reconnaissance joyeuse devant la grandeur divine, l’action de grâce est essentielle dans toute vie et surtout pour le croyant, parce qu’elle est une réaction de la créature qui découvre, dans la joie et la vénération, les bienfaits de son Créateur, ce Créateur qui dispose pour notre humanité, ce dont nous avons besoin pour notre bonheur et pour sa gloire !

En décidant de célébrer Dieu aujourd’hui à l’occasion des 125 ans de l’évangélisation de la Côte d’Ivoire, nous voulons affirmer que c’est tous les jours qu’il nous faut dire merci à Dieu, Lui qui nous donne le souffle de vie, Lui l’origine et le terme de toute chose. Qu’il Lui plaise, au sortir de cette célébration, de nous faire la grâce de vivre dans ce pays, comme sur une terre que Dieu ne cesse de bénir, et dont l’église ouvrira des perspectives nouvelles pour permettre le développement intégral de chaque habitant de ce pays.

‘‘Benedicite gentes Dominum Deum nostrum. Et obaudite vocem laudis ejus.’’ ‘‘ Peuples, remerciez notre Dieu, louez-le à pleine voix.’’ Ps.65, 8

Le psaume 65 dont est tiré cet extrait, évoque dans son entièreté, le souvenir de la sortie d’Egypte marqué par le drame d’une libération et qui laisse apparaitre diverses composantes de cette sortie : lamentation, attestation d’un heureux dénouement, reconnaissance, sérénité et témoignage. Ce jubilé évoque pour nous, tout cela à la fois.

1- Contexte actuel de la célébration du Jubilé

Excellences, Frères et sœurs,

Comme le faisait remarquer Sa Sainteté le Pape François dans son message pour la célébration de la 54ème journée mondiale de la paix, ‘‘l’année 2020 a été marquée par la grande crise sanitaire de la Covid-19 qui est devenue un phénomène multisectoriel et global, aggravant des crises très fortement liées entre elles, comme les crises climatique, alimentaire, économique et migratoire, et provoquant de grands inconvénients et souffrances… Il est douloureux de constater qu’à côté des nombreux témoignages de charité et de solidarité, diverses formes de nationalisme, de racisme, de xénophobie, et aussi de guerres et de conflits qui sèment la mort et la destruction, prennent malheureusement un nouvel élan. Ces événements et d’autres, qui ont marqué le chemin de l’humanité l’année passée, nous enseignent qu’il est important de prendre soin les uns des autres et de la création pour construire une société fondée sur des relations de fraternité.’’ Fin de citation.

Au niveau local et national, je ne vous apprends rien et ce serait pour moi prêcher à des convertis que de vous dire que la crise que traverse notre pays depuis de nombreuses années a eu pour nos concitoyens, des conséquences graves et multiples : partition du pays au propre comme au figuré, profondes blessures physiques et morales, chômage, dégradation des mœurs et du tissu social, paupérisation des masses avec à la clé, de nouvelles formes de pauvretés engendrées , des familles dévastées, détruites !

Et comme si nous n’avons tiré aucune leçon de ces crises à répétions, les derniers événements qui ont eu cours dans les mois d’octobre et novembre 2020 sont venus enfoncer davantage le clou d’un contexte social qui a fortement perturbé la cohésion nationale et qui a mis à mal les valeurs fondamentales de notre société. Des valeurs comme la fraternité, la solidarité, la vérité, la justice sociale ont fini par devenir des denrées rares.

Le tissu social est tel que nous nous demandons bien comment nous avons pu en arriver là et comment nous avons pu accepter ces agissements sans que notre foi au Christ puisse prendre le dessus et nous ramener à des proportions non pas acceptables, mais chrétiennes. De plus en plus, le constat est à la fois triste et amer : des amis hier sont devenus des ennemis jurés aujourd’hui. Quant aux relations interpersonnelles, elles nous donnent l’impression d’être cousues de fils de méfiance, de suspicion, de mensonge.

Plus grave, des chrétiens qui ne se parlent plus pour des raisons politiques mais qui continuent de communier au même corps et au même sang de Celui dont ils se réclament, voici le triste tableau que nous offrons à la contemplation de nos concitoyens. Comment n’avons-nous pas compris que les violences verbales et physiques, les destructions de biens, les morts d’hommes, les intimidations de tout genre, sont autant de maux qui portent en eux, le venin de la division qui engendre la mort !

Loin de moi, l’idée de réveiller de tristes souvenirs dans les esprits. Pour tous les pays en crise et singulièrement pour la Côte d’Ivoire, mon unique et profonde prière, est de voir durablement recoller les morceaux, par la sincère volonté de tous les acteurs, à quelque niveau de responsabilité qu’ils se situent.

Ce contexte rappelle les lamentations dont je faisais allusion plus haut. Fort heureusement, la célébration des 125 ans de l’évangélisation de la Côte d’Ivoire coïncide avec la clôture de la 117ème assemblée plénière de la conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, dont le thème ‘‘l’éducation en Côte d’Ivoire, au service du développement humain intégral’’ est tout un programme.

2- Eglise en Côte d’Ivoire : perspectives pour un mieux vivre ensemble



Excellences, Frères et sœurs,

En 125 années, grâce à la générosité, à l’esprit de sacrifice des missionnaires et malgré leurs limites et leurs faiblesses, l’esprit du Christ a su nous réunir. Nous formons aujourd’hui une seule famille, une communauté, l’Eglise-famille-de-Dieu, famille catholique de Côte d’Ivoire et qui confesse ‘‘un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ ! Voici les liens qui nous unissent, les merveilles que Dieu a opérées en nous et dont nous voulons rendre grâce encore une fois.

Tout en saluant les premiers ouvriers de cette croissance, je n’oublie pas les plus humbles peut-être, mais tout aussi méritants : nos vaillants catéchistes qui ont su faire corps avec cette recommandation du Christ : ‘‘allez de toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.’’

Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens restent fidèles aux engagements de leur baptême. Ils accordent une place importante à la prière dans leur vie. Des groupes de prière se constituent ici et là. Les fidèles, dans leur ensemble participent d’une façon plus active à l’Eucharistie. Ils sont nombreux, les foyers chrétiens qui s’efforcent de vivre les exigences du sacrement du mariage et restent soucieux de l’éducation de leurs enfants. Dans les paroisses, certains fidèles s’engagent davantage dans les conseils paroissiaux, dans les mouvements d’apostolat, la catéchèse, les chorales etc…

Nous avons donc des raisons de nous réjouir des résultats du travail accompli par nos vaillants missionnaires relayés aujourd’hui par un clergé local dont les efforts sont à saluer et à encourager, sans oublier les religieux et religieuses et les catéchistes. Mais il existe aujourd’hui plus qu’hier, parce que fort de 125 années d’existence et potentiellement d’expérience, de sérieux motifs d’insatisfaction.

Excellences, Frères et sœurs,

Le développement humain intégral que nous appelons de tous nos vœux ne peut s’obtenir qu’au prix des efforts conjugués de tous. Ces efforts devront porter essentiellement à l’avenir sur la vérité à dire en tout temps et quoique cela puisse nous coûter, sur la miséricorde à accorder dans la justice et le pardon à quiconque nous sollicitera dans ce sens, car en vérité, la miséricorde et le pardon sont la condition sine qua non pour aboutir à la réconciliation qui offre le cadre et dresse le lit pout le développement humain intégral.

Rappelons-nous les propos introductifs de l’Exhortation Apostolique Africae Munus : ‘‘l’engagement de l’Afrique pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début de troisième millénaire, aux Évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte l’Afrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle l’invite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité.’’

Comme vous le savez certainement, toute vie en société est faite de heurts. Mais une fois des problèmes sont nés, allons-nous continuez inlassablement à ressasser tout le mal qui nous a été fait ? Quels sentiments vont nous animer quand on sait que la vengeance tout comme la haine et le refus de pardonner, se nourrissent de vengeance, de haine et de refus de pardonner !

Quand surviennent des heurts, la réconciliation devient un impératif pour nous car ‘‘seule une authentique réconciliation engendre une paix durable dans la société…. Après un conflit, la réconciliation souvent menée et accomplie dans le silence et la discrétion restaure l’union des cœurs et la coexistence sereine. Grâce à elle, après de longues périodes de guerre, des nations retrouvent la paix, des sociétés profondément blessées par la guerre civile ou le génocide reconstruisent leur unité. C’est en donnant et en accueillant le pardon que les mémoires blessées des personnes ou des communautés ont pu guérir et que des familles jadis divisées ont retrouvé l’harmonie. La réconciliation surmonte les crises, restaure la dignité des personnes et ouvre la voie au développement et à la paix durable entre les peuples à tous les niveaux’’ Africae Munus n°21

Oui, je fais le rêve d’une Côte d’Ivoire où désormais amour et vérité se rencontrent, où justice et paix s’embrassent et où la vérité germe du cœur de tous ses habitants pour que du Ciel se penche sur nous la justice de Dieu. Oui cela est possible si nous considérons que tous, à l’image des disciples de l’évangile, nous sommes appelés par le Christ afin d’œuvrer à l’avènement de l’ivoirien nouveau, celui qui vit et aime car comme vous le savez, aucune société, même développée, ne peut se passer du service fraternel animé par l’amour.

En effet, celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain. C’est l’amour qui apaise les cœurs blessés, esseulés, abandonnés. C’est l’amour qui engendre la paix ou la rétablit dans le cœur humain et l’instaure entre les hommes.

Ce n’est donc pas un leurre pour notre église que de vouloir et de parler de l’éducation en Côte d’Ivoire, au service du développement de l’homme intégral car l’un des enjeux de cette célébration eucharistique portée et supportée par la grâce du jubilé c’est bien que l’église réfléchisse sur son action pastorale pour le futur ! Aujourd’hui, il s’agit pour nous, à la suite de nos missionnaires hier, d’être nos propres missionnaires aujourd’hui pour semer largement ce que nous-mêmes avons reçu, sans regarder à la fatigue, car nul ne doit échapper, et nul ne doit être oublié.


3- De notre responsabilité aujourd’hui

Excellences, Frères et sœurs,

Dans la religion catholique, le jubilé est une année sainte, revenant tous les vingt-cinq ans et où les pèlerins bénéficient d’une indulgence plénière. C’est donc une année de grâce offerte par le Seigneur, une année de recommencement et dont les fruits vous soutiennent en attendant le prochain jubilé. Il est bon de souligner que l’œuvre de Dieu renvoie inévitablement l’homme à sa propre responsabilité.

L’allusion aux persécutions possibles, à l’engourdissement après le premier accueil, aux séductions de la richesse et du pouvoir, nous renvoient à l’ambiance des premières communautés, en un temps où l’enthousiasme du départ retombe, où les difficultés concrètes se multiplient, où l’attitude des croyants se diversifie. Mais par-delà ces circonstances concrètes qui conduisaient à réinterpréter les paroles de Jésus, nous sommes nous-mêmes interrogés : saurons attendre et comprendre ?Notre travail de chrétiens est un travail de jardiniers. Toujours et toujours il nous faudra retirer épines, ronces et pierres. De toutes sortes de façons, le Seigneur nous invite à préparer le terrain. Dieu, Lui, féconde et donne la croissance. Il nous faut donc être patients en ayant la même foi du semeur : la terre où nous vivons peut être une terre sainte ! Et Dieu va faire encore des miracles pour son peuple qui est Côte d’Ivoire.

Soyons désormais généreux dans l’effort et n’ayons aucune crainte si la semence venait à tomber partout : à droite, à gauche, sur les pierres ou sur les ronces, sur la terre où sur le chemin puisque la générosité est grande, elle qui se donne et se redonne sans compter, dans une bonne mesure, tassée, secouée, débordante.

Cependant, il nous faut reconnaître que nos communautés humaines et mêmes chrétiennes ont le cœur dur et piétiné comme un chemin. Elles sont pleines de pierres, d’épines et de ronces. Mais il y a sous tout cela, de la bonne terre qui ne demande qu’à produire du fruit. Même si nous avons du mal à y croire, même si nous décourageons souvent, nous devons reconnaître que nous ne sommes pas meilleurs que les autres.

Je crois bien humblement que l’un des fruits de ce jubilé sera d’offrir aux générations futures, une éducation au service du développement humain intégral. Cela suppose concrètement qu’il faut se poser les bonnes questions que j’emprunte bien volontiers, au président de notre conférence : quel type d’hommes, l’église voudrait-elle former, développer pour elle-même, pour le monde et pour la société ivoirienne ? L’église pourrait-elle, par l’éducation, se mettre au service d’un tel projet ecclésial, à savoir donner au monde, à notre pays et à l’église, le type d’homme dont elle rêve ?

Pour y parvenir, il nous faut revenir à notre mission fondamentale : tirer tout homme de ses ténèbres par le biais de l’éducation en approfondissant les sillons creusés le 28 octobre 1895 par les pères Hamard et Bonhomme qui commencèrent les essais d’évangélisation par l’enseignement. Pour ce faire, il nous faudra être lucide pour ne pas tomber dans l’autosatisfaction et prendre la bonne mesure des événements que nous serons appelés à vivre désormais.

Que Dieu nous fasse la grâce de diriger Lui-même la barque de son église qui est ici en Côte d’Ivoire vers des lendemains qui disent son option préférentielle pour l’homme débout et qui réponde aux aspirations d’un développement humain intégral par la conjugaison des talents et des efforts de tous. Ainsi, nous aurons réussi dans la sérénité, à témoigner de notre foi.

Bonne fête à tous ! Bonne montée vers le jubilé des 150 ans ! Et que par Marie Notre Dame des Apôtres, nous répondions tous à notre vocation profonde, aujourd’hui, demain et toujours ! AMEN

Jean Pierre Cardinal KUTWÃ Archevêque métropolitain d’Abidjan

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