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Côte d’Ivoire : « La LIDHO s’inquiète des menaces qui pèsent sur les libertés publiques »

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La Carte de la Côte d'Ivoire

Au terme de l’année 2019, la LIDHO fait une analyse de l’environnement socio-économique et politique de la Côte d’Ivoire. La LIDHO, tout en saluant les efforts du Gouvernement au titre de l’année écoulée, a identifié les difficultés et/ou des insuffisances et fait des propositions et des recommandations.

I- Les efforts du gouvernement ivoirien

La LIDHO observe que la Côte d’Ivoire se remet progressivement de la grave crise politico-militaire qui l’a secouée pendant deux décennies et dont le point culminant fut la crise postélectorale de 2011.

La LIDHO se félicite des efforts fournis par le Chef de l’Etat ivoirien et ses différents gouvernements pour résorber cette crise aussi bien au niveau social, économique que politique.

Sur le plan économique

Pour l’année 2019, la Côte d’Ivoire a atteint un taux de croissance au-dessus de 7%. D’après les estimations du Fond Monétaire International (FMI), elle projette en 2020 atteindre un taux de croissance de 7,5% et vise un déficit budgétaire de 3% du PIB conformément à la norme régionale. Par ailleurs, selon le rapport 2019 de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), les flux des Investissements directs étrangers (IDE) sont passés de 577 à 913 millions de dollars US, soit une croissance de 31%.

L’Etat ivoirien a élaboré une stratégie pays qui s’étend sur 2020-2030, et qui devrait permettre un « nouveau pacte » entre les secteurs privé et public avec un changement de paradigme visant à stimuler la croissance.

Au niveau de l’agriculture, le prix bord champs des fèves de cacao a connu une hausse de 10% passant de 750F CFA/kg à 825 F CFA/kg  et le prix du coton graine de premier choix de  265 FCFA /Kg à 300 FCFA/Kg soit une hausse d’environ 12%. Quant aux prix des autres matières premières, l’on observe une stagnation.

Au niveau des infrastructures, les travaux achevés et ceux en cours d’achèvement sur les réseaux nationaux routiers, électriques et des Tics donnent à espérer que le pari du développement des infrastructures est en voie d’être atteint si la dynamique est soutenue.

Sur le  plan social

La LIDHO se félicite des efforts du Gouvernement ivoirien à travers la mise sur pied du Programme Social 2019-2020 qui vise, plus spécifiquement, à fournir aux populations des services de santé efficients, à faciliter l’accès et le maintien des enfants à l’école, à favoriser l’accès à un coût abordable des populations aux services essentiels tels que le logement, l’énergie, l’eau potable et le transport, et à améliorer l’employabilité plus particulièrement l’accès à un emploi décent et stable pour les jeunes et les femmes. Lancé par le Chef de l’Etat depuis janvier 2019, aujourd’hui, ce programme social connait de réelles avancés dans son déploiement notamment dans le recrutement de plus de 10 000 enseignants, la construction de plus de 500 nouvelles classes et collèges, le traitement de plus de 15 000 km de routes, et l’augmentation du nombre de familles vulnérables bénéficiant d’appui financier à travers les filets sociaux, etc.

Au niveau de la protection sociale, la LIDHO a noté avec satisfaction le renforcement des moyens du Programme Elargi de Vaccination (PEV) et la poursuite des travaux en vue de la généralisation de la Couverture Maladie Universelle (CMU) avec une population de près de deux millions de personnes déjà identifiées à la date du 30 juin dernier. Ainsi,  le taux de couverture de la CMU fixé à 70% permet aux assurés de payer le ticket modérateur qui est de 30% du montant des tarifs des actes couverts par la CMU et d’avoir droit à des consultations et soins des urgences médico-chirurgicales, aux frais d’hospitalisation médicale et chirurgicale.

De même, la phase pilote du processus de renouvellement des cartes d’identité dont le lancement a été fait le 15 janvier 2020 suit son chronogramme d’exécution.

Sur le plan sécuritaire

Selon un récent rapport du PNUD, le gouvernement a entrepris et poursuivi les réformes, notamment au niveau des forces armées, a multiplié les séminaires de renforcement de capacités et réorganisé le déploiement de ses forces militaires afin de résorber l’insécurité. Ces mesures ont permis de réduire considérablement l’indice de sécurité à un niveau qui assure la stabilisation de la situation sécuritaire.

Sur le  plan Politique

La LIDHO se félicite de l’ouverture du dialogue avec l’opposition politique et la société civile sur le processus électorale. Ce processus électoral étant essentiel pour l’année 2020, la LIDHO attend des acteurs engagés une reforme consensuelle des organes chargés des élections.

Cependant, malgré les efforts notables ci-dessus mentionnés, la LIDHO fait le constat de ce que beaucoup reste à faire et relève plusieurs insuffisances ou difficultés. 

II- Les difficultés ou insuffisances observées

Au nombre des difficultés ou insuffisances, la LIDHO déplore :

Sur le plan social 

Sur les 150 000 logements sociauxprévus pour les citoyens à faibles revenus, environ 11 000 avaient été achevés dans le cadre de ce programme, soit un taux de réalisation de plus de 7 %. En outre, les logements achevés n’ont pas encore été mis à disposition des souscripteurs du fait des difficultés de voiries et réseaux divers, d’électricités et d’eaux rencontrées par les promoteurs. La LIDHO note par conséquent le non-respect des termes des contrats signés entre les promoteurs et les souscripteurs.

Sur le plan de la Santé

Le malaise causé par le difficile arrimage de la Couverture Maladie Universelle à la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’Etat dont les bénéficiaires en dehors des assurances complémentaires sont déjà couverts par le régime de base à 70% avec un tiers-payant ;  les mécontentements exprimés par les assurés du secteur privé aussi couverts à 100% en grande partie ; les dysfonctionnements constatés depuis le démarrage de la CMU, notamment la non prise en charge des soins dans certains centres hospitaliers,  donnent à penser que le processus de généralisation de la CMU en lui-même présente des insuffisances.

Sur le plan de l’Education

Malgré le système de double vacation encore pratiqué dans les écoles primaires et secondaires, pour pallier l’insuffisance des infrastructures scolaires, de nombreux établissements comptent entre 80 et 100 élèves par classe.

La montée à Abidjan et dans certaines villes de l’intérieur de l’indiscipline et de l’incivisme des élèves, qui au motif de se mettre en congé prématurément, se livrent à des actes de vandalisme contre des symboles de l’Etat, atteintes à l’intégrité physique occasionnant parfois des pertes en vies humaines.

Au niveau de l’enseignement supérieur, avec plus de 130 milliards investis pour la réhabilitation des infrastructures universitaires, celles-ci restent cependant très insuffisantes face au fort taux (environ 80%) de nouveaux étudiants accueillis chaque année dans les universités privées. A cela, la récurrence des grèves des enseignants et des étudiants et la non maitrise de la durée de l’année universitaire par l’administration sont des facteurs de tensions perceptibles entre les étudiants, les enseignants et l’administration universitaire.

Sur le plan de la Cohésion sociale

Comme les années précédentes, la LIDHO a noté une recrudescence des conflits intercommunautaires dont les plus violents sont ceux de Béoumi, Bin-Houyé, Zikisso et Agboville qui ont fait des dizaines de morts. Elle a aussi noté des attaques avec des armes de guerre contre les autorités, notamment 22 attaques contre des commissariats de police et des brigades de gendarmerie ainsi que 27 attaques de locaux de préfectures et de sous-préfectures.

Selon le rapport d’études des universitaires sociologues et criminologues menées à l’initiative du conseil supérieur de la sécurité sur l’incivisme en Côte d’Ivoire, il y a une réelle crise de confiance entre population et autorité administrative. Elle est due non seulement à la corruption qui mine certains secteurs d’activités et certaines administrations, mais aussi à l’anarchie dans le secteur du foncier rural et urbain, du transport et de la construction.

Sur le plan économique

Malgré les avancées notables, la LIDHO note, d’après le rapport de la Banque mondiale du 25 Novembre 2019, que le taux de pauvreté se situe autour de 46% se justifiant par des individus vivant avec moins de 750 frs CFA par jours. Les populations continuent de se plaindre de la mauvaise redistribution des richesses car elles ne ressentiraient pas les effets de la croissance économique soutenue.

Sur le plan politique

La réconciliation et la paix tant souhaitées par les populations sont mises à mal non seulement par des désaccords entre groupements politiques,  à l’intérieur des groupements et partis politiques, mais aussi par la recrudescence de la violence verbale entre acteurs politiques, favorisant ainsi, une cristallisation et une crispation du contexte politique.

Par ailleurs, l’absence de consensus entre certains partis politiques de l’opposition et le groupement politique au pouvoir sur la réforme de la CEI à l’approche des élections de 2020 ; la mise en œuvre des étapes restantes du processus électoral si elles ne sont pas menées de façon inclusives pourraient créer les conditions de contestations des résultats à l’issue des élections à venir. 

La LIDHO constate avec inquiétude que le retour manqué de M. SORO Guillaume, ex Président de l’Assemblée Nationale et président du mouvement politique GPS et le mandat d’arrêt international lancé contre lui, ainsi que l’arrestation des députés et plusieurs membres des mouvements et partis politiques le soutenant sont de nature à rendre le climat politique et social très instable.

De même la LIDHO s’inquiète des menaces qui pèsent sur les libertés publiques notamment, la liberté de manifester refusée aux militants de l’opposition et à la société civile.

Enfin, la LIDHO constate avec regret que la marche pour la paix projetée par l’Église Catholique soit récupérée par des acteurs politiques et donne lieu à des menaces sur les réseaux sociaux.

Sur le plan environnemental

Aux problèmes latents de la destruction des forêts classées, des aires protégées et de l’occupation illicite des terres par des non ayants-droit, s’ajoute le nouveau phénomène de l’orpaillage clandestin. Cette activité illégale et destructrice de l’environnement n’épargne aucune région du pays. Les dégâts sont déjà observés notamment à Boundiali, Korhogo, Tabou, Dimbokro, Daoukro, Abengourou, Grand-Zattry, Bouna, Adzopé. La forêt classée de Badénou à Korhogo et le fleuve N’zi à Dimbokro en subissent les conséquences.  Au-delà des répercussions négatives, non seulement pour l’économie ivoirienne, mais aussi pour l’environnement et la santé des populations à cause des produits de forte toxicité utilisés tels que le cyanure et le mercure, les témoignages font état du trafic de drogue, du développement de la prostitution, de l’exploitation des enfants dans ces mines artisanales dont neuf (09) enfants découverts à Grand Zattry, et le grand banditisme dont l’assassinat d’un soldat de la Brigade de répression des infractions au code minier(BRICM), le vendredi 11 octobre 2019 par des orpailleurs clandestins à Adzopé fait encore écho.

Sur le plan sécuritaire

En dépit des efforts du Gouvernement, le phénomène des enfants  en conflit avec la loi  ou communément appelés « Microbes » continue de troubler la quiétude des populations  et endeuiller des familles notamment à Abidjan et à l’intérieur du pays. 

La LIDHO observe ainsi qu’en dépit de la fin du processus de Démobilisation-Désarmement-Réinsertion (DDR), des armes, potentielles sources d’insécurité, continuent de circuler sur le territoire national.

Sur le plan de l’accès à la Justice

La LIDHO observe que la mise en œuvre de la justice aussi bien pénale que transitionnelle n’a véritablement pris en compte au titre des réparations, qu’une infime partie des victimes avec des critères d’indemnisation et de réparation flous et sélectifs.

La LIDHO, fermement attachée aux respects du Droit,  constate avec regret que l’ordonnance, puis la loi d’amnistie prises en décembre 2018 , consacrent ainsi l’impunité des auteurs de violations graves des Droits de l’Homme à l’issue de la crise postélectorale et violent le droit à la justice des victimes.

III- Les Recommandations

De tout ce qui précède, la LIDHO fait les recommandations ci-après.

Au Chef de l’Etat et au Gouvernement

– Œuvrer à la décrispation de la situation politique en engageant un dialogue franc et inclusif avec toutes les forces vives de la nation ;

– Garantir et préserver l’indépendance du pouvoir judiciaire;

– Œuvrer à une plus grande implication de tous les acteurs de l’école en vue de la normalisation des années scolaires et universitaires ;

– La paix n’ayant pas de prix, de ne rechigner sur aucun sacrifice afin de la préserver.

Aux responsables des partis et mouvements politiques

– Désarmer les langues en bannissant des propos guerriers et injurieux dans les discours politiques ;

– Renforcer la formation des militants aux principes de démocratie et des élections libres, transparentes et pacifiques.

Aux leaders communautaires

S’engager davantage dans la préservation de la cohésion sociale ;

– S’impliquer dans la gestion pacifique des conflits intercommunautaires.

A chaque citoyen vivant sur le territoire national

– Avoir des attitudes de paix, de respect d’autrui et du bien commun

– Respecter les institutions, les lois, les règlements et les principes du vivre ensemble.

Fait à Abidjan, le 27 janvier 2020

Pour la LIDHO

NETH WILLY ALEXANDRE Président par intérim

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