Accueil Actualité Hamed Koffi Zarour interpelle Patrick Achi : « Ne tombez pas dans...

Hamed Koffi Zarour interpelle Patrick Achi : « Ne tombez pas dans la démesure »

31
0

Il ne faudrait pas sous-estimer le bilan des autres quand on a eu la stabilité requise et les conditions favorables pour amorcer le développement. Il ne faudrait pas comparer les performances économiques de la Côte d’Ivoire avec des pays sur lesquels elle a des avantages comparatifs certains. Comparaison n’est pas raison. La Côte d’Ivoire a une histoire. Les œuvres de développement que nous présente M. Patrick Achi comme un miracle ont été réalisées sur des bases construites par les précédents présidents avec à leur tête le président Félix Houphouët-Boigny. Il faut avoir l’humilité de reconnaitre que la Côte d’Ivoire n’a pas dix années d’existence. Le pouvoir en place n’a pas trouvé un désert.

L’autosatisfaction démesurée de M. Patrick Achi montre qu’il y a la Côte-d’Ivoire des dirigeants heureux de leur bilan par coup d’endettement (14 000 Milliards environ à ce jour), d’embellie des cours des matières premières sur une certaine période, des avantages concédés aux investissements directs étrangers et la Côte-d’Ivoire des peuples, celle où les populations vivent sous le poids des difficultés du quotidien, peinant à faire face aux nécessités existentielles. Deux mondes diamétralement opposés. Une politique qui fait la part belle aux multinationales et au néolibéralisme au détriment des intérêts légitimes des nationaux.

Les bonnes performances économiques sont à l’opposé des disparités socio-économiques et régionales importantes. Près de la moitié des ivoiriens, soit environ 15 millions de personnes vivent avec moins de 735 cfa par jour. Notre économie est largement informelle avec une part estimée à 40% du PIB et 90% de la force de travail se trouvent dans ce secteur. Notre pays se classe 165ème sur 189 pays au dernier classement du développement humain des Nations Unies et 108ème place sur 176 pays au classement de Transparency international sur la corruption. Ce qui montre que la croissance tant vantée n’est pas inclusive, car les populations défavorisées et les plus vulnérables ne bénéficient pas des fruits de cette croissance.

M. Patrick ACHI, votre satisfecit est démesuré et votre analyse de l’évolution des performances de la Côte-d’Ivoire n’est pas en phase avec les différents contextes temporels, sécuritaires, financiers, conjoncturels des années 1999 à 2010 comparativement aux années 2011 à 2020.

Tout bon vendeur sait mettre en avant son produit. Mais ne tombons pas dans la publicité tronquée. M. Patrick Achi, nous comprenons que vous voulez mettre en avant vos réalisations. Mais ne tombons pas dans la démesure. L’exercice de marketing politique que vous vous êtes évertué à réaliser, le jeudi matin 15 octobre 2020, dans le cadre du programme de votre candidat, qui s’apparente plus à une liste de propositions, vous dessert, tant vous êtes en déphasage avec les réalités du vécu des populations. La Côte d’Ivoire aurait dû et aurait pu mieux faire si des mesures et des réformes permettant la transformation structurelle avait été mises en œuvre notamment :

1- La réduction du train de vie de l’État, la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale;

2- l’amélioration du taux de transformation à plus grande échelle de nos matières premières agricoles, cacao, café, cajou, caoutchouc naturel, mangues, manioc, etc, pour dégager des valeurs ajoutées importantes et mobilisées des resources internes au travers de notre balance commerciale et nos réserves de Changes. La promotion de l’industrie manufacturière ;

3- la mobilisation des ressources domestiques par une fiscalité attrayante qui augmenterait l’assiette au lieu d’asphyxier les entreprises et les ménages avec 51 % de taux cumulés, contre 15 % du taux d’imposition fiscale par rapport au PIB;

4- la création d’une masse critique d’entreprises nationales en mesure de tirer et d’assumer notre croissance économique et de participer au développement endogène de notre pays par la création d’emplois de qualité et de richesse ;

5- la mise en place d’une politique volontariste de l’initiative du secteur privé national par des projets d’envergure en partenariat avec l’Etat et des partenaires extérieurs, permettant de rééquilibrer l’articulation de l’activité sur toute l’étendue du territoire national pour favoriser la création des pools de développement régionaux afin de contribuer au progrès de tous. Abidjan à lui seul concentre 80 % de l’activité économique, d’où les disparités et les inégalités socio-économiques importantes, ce qui explique la non réalisation des objectifs majeurs des plans nationaux de développement 2011-2015 et 2016-2020;

6- le développement du capital humain par une formation en adéquation avec les besoins du marché de l’emploi et adapté à un monde mutagène où la compétition des compétences, l’innovation, la technologie s’imposent comme des leviers pour faire face aux défis de notre monde d’aujourd’hui et de demain ;

7- la qualité des soins de santé pour tous, l’eau potable pour tous, l’énergie pour tous. Voici entre autres des réformes indispensables comme facteurs d’une croissance soutenue en vue d’amorcer le développement et le progrès social.

Le chemin est encore long. Je m’arrête pour vous dire, que la normalité ne doit pas être considérée comme l’exceptionnel.

Revenons à la réalité et reprenons nos esprits ! Notre pays est actuellement en proie à des divisions politiques et vit l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Notre jeunesse est toujours face au défi de l’emploi et peine à trouver les moyens de le résoudre. De nombreux Ivoiriens vivent sous le seuil de pauvreté malgré les beaux chiffres présentés. Il vaut mieux en parler, au lieu de tomber dans le fanatisme et la démesure de réalisations économiques qui sont tout sauf des miracles. Quand on dirige une nation, il faut être honnête avec l’ensemble de son peuple.

Hamed Koffi Zarour

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici