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Médias d’Etat et propagande partisane: la RTI devenue télévision du RHDP, sous le regard de la HACA

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«…La télévision ivoirienne est celle de tous les Ivoiriens et doit leur permettre de s’exprimer». Ces mots sont d’Alassane Ouattara, ils ont été dits, en pleine crise postélectorale, le 22 janvier 2010, au sortir d’une réunion du RHDP animée en son temps, par les quatre leaders de ce groupement politique que sont Henri Konan Bédié du PDCI-RDA, Alassane Ouattara du RDR, Albert Toikeusse Mabri de l’UDPCI et Anaky Kobenan du MFA.

« (…) Peut-être que le compte rendu de notre cérémonie va passer dans une semaine. Mais quand une femme va au marché et reçoit deux ou trois femmes au nom de Gbagbo, ça passe à la télévision…», avait même ironisé de fort belle manière, le président de l’UDPCI, Albert Mabri Toikeusse. Ladite réunion avait pour objet d’analyser la situation de caporalisation des médias d’Etat par le régime d’alors et d’apporter le soutien du groupement politique à la marche annoncée par la jeunesse du RHDP pour « exiger l’accès équitable de tous les partis politiques et candidats à la présidentielle à la RTI » le 26 janvier 2010. Cette marche a eu lieu, mais dispersée par les forces de l’ordre.

Aujourd’hui, les trois autres présidents, notamment Henri Konan Bédié du PDCI-RDA, Anaky Kobenan du MFA et Mabri Toikeusse de l’UDPCI ont pris leur distance du RHDP parti politique du seul Alassane Ouattara et la RTI est plus que jamais l’instrument de la propagande de ce RHDP qui est en fait un RDR maquillé. De fait, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) est sous les feux de la rampe. Surtout en cette période pré- électorale où tous les quartiers généraux des candidats déclarés aux différentes joutes électorales sont sur le terrain. Hélas, c’est en cette période hautement sensible que la RTI choisit pour afficher une partialité, un militantisme avéré pour le camp de M. Ouattara pour la candidature duquel des défilés sont organisés à longueur des journaux télévisés, si ce ne sont les reportages de tous les meetings du RHDP, au grand dam des mesures barrières de COVID19 à travers le pays.

Tout cela, au détriment de celui de l’opposition majoritaire, représenté par le PDCI-RDA, le FPI, RCI, CDRP, EDS, le PIT, Le MFA, Lider, l’URD, et bientôt l’UDPCI. Dans ce royaume de Ouattara ou la chasse-gardée du RHDP, les autres Ivoiriens qui paient pourtant la redevance tous les mois sur leurs factures d’électricité n’ont pas droit de cité. Ils doivent payer et subir la propagande du RHDP, via cette RTI à la solde de la case. Du coup, certains se surprennent à clamer : « Ça ne va pas continuer comme cela ! Ce que Ouattara a lui- même a dénoncé, lorsqu’il était opposant, c’est ce qu’il fait en pire.

Si ce n’est pas lui qui donne l’ordre pour ça, c’est que les journalistes et responsables de la RTI font du zèle inutile ! Et il y a de quoi à ne plus payer la redevance à la RTI ». Si aujourd’hui, les Ivoiriens se tournent vers les chaînes cryptées et les réseaux sociaux, c’est bien parce qu’ils sont très déçus de la RTI et de son zèle pour le RHDP. En Suivant les journaux télévisés, l’on ne voit, en lieu et place des reportages informatifs, des tribunes de propagande à outrance, parfois même des diatribes contre des Ivoiriens qui ont eu le tort d’être de l’opposition.

Comme si l’omniprésence sur les écrans, est le seul moyen pour améliorer l’image du régime qui se détériore de jour en jour ou de conserver le pouvoir. Et pourtant, en tant que médias de service public, financé avec l’argent de tous les citoyens ivoiriens (sans distinction de bord politique), la RTI a un cahier de charges qui lui impose (en principe) de contribuer à la consolidation de l’unité nationale ; de répondre aux aspirations de la population en matière d’information, de culture, d’éducation et d’illustration des valeurs de la civilisation ; d’assurer une présentation équilibrée des différents courants artistiques et culturels…

Mais, au regard de tout cet arsenal de dispositions, les Ivoiriens s’étonnent que la RTI soit caporalisée à ce point. Sans qu’un seul doigt ne se lève. La présidence de la République pèserait-elle de tout son poids dans le fonctionnement de la RTI ? Comment est faite la sélection des reportages politiques liés aux activités de l’opposition majoritaire, et par qui ? Par cette caporalisation, la RTI n’est-elle pas en train de contribuer, à n’en point douter, à l’exacerbation des clivages et tensions déjà perceptibles ?

Que dit la Haute Autorité de l’Audiovisuelle (HACA)?

La bataille médiatique qui a accompagné le conflit postélectoral ivoirien durant l’année 2011 n’a guère retenu l’attention des politologues et des spécialistes des médias, encore moins celle des ceux qui devraient veiller à la cohésion. Pourtant, tous savent la force des médias comme vecteur de l’idéologie dans les batailles de pouvoir, et plus particulièrement dans les pays comme la Côte d’Ivoire. La transmission idéologique est devenue quasi immédiate par le « contact médiatique » via la radio, la télévision et Internet notamment. C’est pour cela, ceux qui ont conçu et mis en place le CNCA en 2000 puis la HACA, l’Institution chargée de la régulation de la communication audiovisuelle en Côte d’Ivoire, en 2011 lui ont assigné des missions bien précises.

Notamment, entre autres, assurer le respect des principes du libre exercice de la communication audiovisuelle; garantir et d’assurer la liberté et la protection de la communication audiovisuelle dans le respect de la loi; veiller au respect de l’éthique et de la déontologie en matière d’information; garantir l’accès, le traitement équitables des Institutions de la République, des partis politiques, des associations et des citoyens aux organes officiels d’information et de communication; favoriser et de garantir le pluralisme dans l’espace audiovisuel; garantir l’égalité d’accès et de traitement ainsi que l’expression pluraliste des courants d’opinions particulièrement pendant les périodes électorales; concourir à l’attribution des fréquences de radiodiffusion sonore et télévisuelle; élaborer et de contrôler le respect des conventions ainsi que les prescriptions du cahier des charges annexé à ces conventions; garantir l’indépendance et d’assurer l’impartialité du secteur public de la communication audiovisuelle notamment la radiodiffusion sonore et télévisuelle… Malheureusement, jusque-là, la HACA ne fait que regarder faire la RTI ou ne montre pas qu’elle agit pour interpeller cette télévision publique qui se comporte en propriété exclusive du RHDP.

Malgré les pouvoir d’investigation et de contrôle des programmes des radiodiffusions sonores et télévisuelles dans le cadre du respect du pluralisme des courants de pensée et d’opinion qu’elle dispose. La HACA est actuellement présidée par Me René Bourgoin, juriste et pilote de formation entouré de plusieurs spécialistes de la communication qui représentent des Institutions et des département ministériels. Constater que tous ces professionnels chevronnés regardent faire ainsi la RTI, on peut en déduire qu’il y a un vrai problème. Les relevés de temps d’antenne effectués sur la RTI la période de janvier à juin 2020 donnent à plus de 90% de temps d’antenne au pouvoir contre moins de 10% à toute l’Opposition. Qu’en sera-t-il de la période de juin à octobre 2020, période préélectorale ? Pis, quand un membre de la HACA, Marcel Assiè est délégué départemental associé du RHDP et au cours d’un meeting politique pour le candidat du RHDP fait dire, devant tous à Bouaké le 19 juin 2020 :

« n’écoutez les politiciens véreux qui viendront vous mentir et vous trainer dans l’erreur. Vous les parents Baoulé, arrêtez de suivre les noms de personne. Appropriée vous le plan Alassane Ouattara. Le Pdci-Rda ne doit pas être une idole pour vous. Allez-vous faire enrôler afin d’être inscrits sur la liste électorale. Pour que le Premier ministre soit locata ire du palais présidentiel dès le premier tour des élections présidentielles du 30 octobre 2020 » et qu’après il continue de siéger à la HACA, que retenir d’autre que la complicité entre la RTI et la HACA dans le traitement partisan et déséquilibré ? Aujourd’hui, devant la HACA muette, la RTI est prise en otage. Et ça ne va pas quelque part comme on le dit à Yopougon. Et pourtant, l’on devrait avoir en esprit qu’autant une crise préélectorale ou postélectorale peut partir de la CEI, autant, une crise peut aussi partir de la RTI. Il faut que chacun respecte juste son cahier de charge et joue son rôle pour éviter les tensions inutiles.

Denis KAH ZION

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