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Mme Simone Gbagbo, 2ème vice-présidente du FPI, sur France 24 : « Si le pouvoir n’accepte pas nos conditions, il n’y aura pas d’élection »

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Dans une interview accordée à la chaîne de télévision française France24, hier, Mme Simone Gbagbo, 2ème vice-présidente du Front populaire ivoirien (Fpi), se prononçant sur l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, a insisté sur le caractère anticonstitutionnel de la candidature de Ouattara, avant d’affirmer que cette élection n’aura pas lieu ce 31 octobre.

Vous avez passé sept ans en détention. Depuis votre libération en 2018, on ne vous a presque pas entendue, dans les médias en tout cas. Question très simple pour commencer. Comment allez-vous et dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques semaines de l’élection présidentielle cruciale en Côte d’Ivoire ?
Physiquement, je me porte bien. Maintenant, mon état d’esprit, c’est l’anxiété, parce que nous approchons d’un moment très difficile pour la nation ivoirienne. Nous sommes en ce moment-ci à la croisée des chemins. Donc c’est un petit peu difficile pour nous tous.

On va évidemment parler de ces élections, mais il faudrait juste un petit mot à propos d’Alassane Ouattara. Alassane Ouattara, vous l’avez combattu, ces dix dernières années. Cependant, il vous a amnistiée en 2018. Il a promis qu’il ne vous enverrait pas à la Cour pénale internationale. Est-ce que vous lui êtes reconnaissante ou est-ce que vous le considérez comme un ennemi politique ?
J’ai dit merci à M. Ouattara quand je suis sortie de prison. Parce que c’est grâce à cette ordonnance d’amnistie que j’ai été mise en liberté. Donc je le remercie encore aujourd’hui, hein. Vous savez, la liberté, c’est quelque chose qui a un prix inestimable. Ceci dit, il met le pays en difficulté et ça, je ne suis pas d’accord.

J’image que vous avez en tête ces élections. Il avait affirmé, au moins de mars, qu’il ne se présenterait pas à nouveau. Le candidat du pouvoir qui avait été désigné, Amadou Gon Coulibaly, est décédé brutalement et Alassane Ouattara a décidé d’y aller pour un troisième mandat. Vous considérez qu’il n’a pas le droit de se représenter ?
Il n’en a pas le droit mais surtout, ce n’est pas moi qui considère. C’est la Constitution qui ne lui donne pas le droit de se représenter. Il a dit. Il a reconnu au moment où il faisait voter la nouvelle constitution en 2015, il avait précisé fermement qu’il ne peut pas aller à des élections, qu’il n’ira pas à des élections. Puis voilà qu’il remet tout en cause et il se représente. Mais c’est une candidature qui est anticonstitutionnelle tout simplement.

Est-ce que vous lui accordez quand même le fait que ce n’était pas son intention première, que finalement son parti était sans doute divisé qu’il s’est présenté ? Il a appelé ça un cas de force majeure.
Ça c’est son problème hein ! Ce n’est pas le mien. Moi ce que je demande, c’est que les lois de la nation soient respectées pour une fois. Que la Constitution soit respectée pour une fois. Qu’il se débrouille pour trouver d’autres candidats. Le Rhdp est un parti qui regorge de cadres.

Il met en danger la démocratie et de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire ?
Non seulement il met en danger la démocratie et l’Etat de droit, mais il piétine la constitution. Il a des réactions qui sont très brutales. Ce sont des choses qui ne sont pas tolérables.

Les candidats à la présidentielle, il y en a quatre. Parmi eux, ne figure pas Laurent Gbagbo. Le Conseil constitutionnel a refusé sa candidature. Il y a quelques jours, la Cour africaine des droits de l’homme a demandé au gouvernement ivoirien de le réinscrire sur la liste électorale donc l’autoriser à se présenter. Le président Ouattara a affirmé que tout simplement cette ordonnance n’allait pas s’appliquer et qu’il la refusait. Votre réaction ?
Eh bien voilà ! C’est la même chose hein ! Les textes que nous prenons nous-mêmes, les contrats sociaux que nous prenons nous-mêmes, quand ça ne nous arrange pas, M. Ouattara ne veut pas les respecter. C’est ce que je dis qui n’est pas tolérable !

Vous dites que ce n’est pas tolérable. Guillaume Soro était allié avec Alassane Ouattara. Il affirme : ‘’Il n’y aura pas d’élection’’. Henri Konan Bédié qui, lui aussi, était allié à Alassane Ouattara qui, lui, est un candidat retenu par le Conseil constitutionnel, parle de désobéissance civile. On n’a pas entendu Laurent Gbagbo qui ne s’est pas exprimé depuis très longtemps. Qu’est-ce que votre parti veut faire ? Quel est le mot d’ordre aujourd’hui ?
Mon parti est exactement sur la même position que M.Bédié, Guillaume Soro et les autres opposants. Nous avons constitué un front unique de l’opposition. Et ce front unique dit la même chose. On ne peut pas aller à ces élections dans les conditions actuelles. Ça, c’est clair.

Vous demandez le report de ces élections ?
Ce n’est pas que je demande le report, mais le report s’impose. Parce depuis 2018 déjà, quand je suis sortie de prison, le Front populaire ivoirien demandait à M.Alassane Ouattara et à son gouvernement que l’on puisse s’asseoir pour discuter des conditions de ces élections. Pour que nous ayons des conditions qui soient consensuelles. S’ils avaient accepté, à cette époque-là, on n’aurait pas eu besoin de reporter les élections. Parce que les réformes auraient été prises. Aucun d’entre eux n’a voulu. Aujourd’hui, nous sommes acculés. Nous sommes coincés et nous disons qu’il n’y aura pas d’élections tant que les conditions actuelles n’auraient pas été changées, tant les réformes n’auraient pas été prises, tant que tout ce que nous avons demandé, vous avez écouté le discours de M. Bédié. Je vous rappelle ces critères. Ce sont des critères partagés par toute l’opposition. Nous voulons une Cei nouvelle. Nous voulons un Conseil constitutionnel nouveau parce que celui-ci s’est complètement discrédité. Bien que composé de gens qui sont respectables, ils se sont complètement discrédités, par les décisions qu’il aurait arrêtées. Que la candidature de M. Ouattara soit retirée de la liste des candidats. Nous voulons que la liste électorale soit auditée, soit corrigée. Nous voulons qu’il y ait des débats sur le découpage électoral et que ce découpage soit un découpage consensuel. Nous voulons que les prisonniers politiques qui, depuis 2011, sont dans les prisons de Côte d’Ivoire ou à l’étranger, que tous ces prisonniers-là soient libérés. Il y a des prisonniers militaires. Il y a des prisonniers civils. Que les Ivoiriens qui, en 2010, ont été obligés de fuir le pays pour aller s’exiler dans les pays voisins, jusqu’en France, en Europe, aux Etats unis, puissent revenir. Que les gens qui ont été déportés, comme c’est le cas de M. Gbagbo et M. Blé Goudé, puissent rentrer dans leur pays.

Et si le pouvoir n’accepte pas, allez-vous appeler les gens à descendre dans la rue ?
Si le pouvoir n’accepte pas, il n’y aura pas d’élection.

Vous ne craignez pas des violences ?
Mais les gens sont déjà dans la rue. Les violences, nous les vivons déjà. Vous savez que monsieur Ouattara, depuis qu’il a annoncé sa candidature, des Ivoiriens sont descendus spontanément dans la rue avant même que les partis politiques ne prennent position.

Est-ce que vous craignez un bain de sang ?
Mais le bain de sang, nous le vivons déjà. Vous savez qu’on a essayé de dénombrer déjà les morts, nous avons compté déjà une trentaine de morts bien identifiés. Nous avons compté des gens qui ont été enlevés. Aujourd’hui encore, le gouvernement continue de procéder à des enlèvements.

C’est une dictature ?
Je ne sais pas s’il y a un autre mot pour qualifier un tel régime.

Donc, vous direz que le régime d’Alassane Ouattara est un régime dictatorial ?
Je ne vois pas un autre mot. Ça l’est.

Que va faire Laurent Gbagbo parce qu’il a été acquitté en première instance par la Cour pénale internationale. Il vit en liberté conditionnelle à Bruxelles en attendant que les juges de la Cour pénale se prononcent. On a dit qu’il voulait rentrer. J’imagine que vous avez des liens souvent avec lui. Qu’est-ce qu’il veut faire dorénavant, ses demandes de passeport ont été rejetées, il semble coincé ?
Il est coincé et c’est pour cela que nous protestons. Vous savez, nous avons dans la constitution ivoirienne, une loi qui interdit à quiconque d’obliger un citoyen Ivoirien à vivre en exil. Voilà. Quand je vous dis que ce n’est pas tolérable, ce sont toutes ces lois-là qui sont piétinées. Normalement, monsieur Gbagbo a le droit de revenir dans son pays.

C’est son vœu, c’est ce qu’il vous a dit, il vous a dit qu’il voulait rentrer ?
C’est son vœu, il veut rentrer dans son pays et les Ivoiriens aussi l’attendent.

Alors, j’ai entendu dire qu’il y aurait des tractations avec Alassane Ouattara justement pour ce retour. On attendrait le verdict de la Cour pénale internationale et qu’ensuite son retour serait organisé sans doute après les élections. Est-ce que c’est vrai ?
Ça, je n’en sais rien. Je n’en ai pas parlé avec monsieur Alassane et monsieur Gbagbo. Donc, je n’en sais rien. Mais ce que je peux donner comme commentaires à ce niveau-là, c’est que monsieur Ouattara n’a pas à obliger Gbagbo à vivre selon ses dires à lui. Monsieur Gbagbo est un citoyen ivoirien qui a été détenu à l’étranger, malgré lui. Il veut revenir. Alassane Ouattara n’a pas à décider quand il doit rentrer comment il doit rentrer. Qu’il lui donne son passeport et que ce monsieur rentre. C’est tout.

Il y a un autre problème qui se pose. On sait que Laurent Gbagbo a été condamné par contumace à 20 ans de prison, dans l’affaire dite du braquage de la Bceao. Alassane Ouattara a laissé entendre qu’une amnistie était possible, il l’a faite pour vous. Est-ce que vous lui demandez d’amnistier Laurent Gbagbo afin que celui-ci puisse rentrer et ne pas être inquiété ?
Vous savez, l’amnistie n’est une décision judiciaire, c’est une décision politique. Moi-même, je lui ai proposé de prendre une loi d’amnistie pour effacer toutes ces peines de 20 ans de prison qui, en plus, sont des peines injustifiées. Si monsieur Gbagbo était vraiment coupable, en ce moment-là alors, tous les Ivoiriens, même les juges qui l’ont condamné à 20 ans, sont, tous coupables de recel, parce que quand il a pris l’argent de la Bceao auquel il a droit en tant que chef de l’Etat, ça a été pour payer tous les fonctionnaires. Donc, si aujourd’hui, lui, il est coupable et condamné à 20 ans, alors tous les juges qui l’ont condamné sont des receleurs et doivent être également condamnés à 20 ans. Ce sont des décisions qui sont des plaisanteries, des légèretés qui montrent que vraiment on met notre Etat dans une situation de non respectabilité. C’est ça qui est le problème. Qu’on permette à monsieur Gbagbo de rentrer tranquillement dans son pays et puis c’est tout.

Est-ce que vous pensez que la Cpi va l’acquitter définitivement, vous êtes confiante ?
Moi, je n’en sais rien. J’estime que le procès de la Cpi n’aurait jamais dû se tenir. Ce procès-là, depuis le début, il n’aurait jamais dû se tenir. C’est une honte pour l’opinion mondiale que ce procès-là ait pu se tenir. Heureusement que nous avons eu un juge ou des juges assez courageux pour reconnaitre que ce procès-là ne fait que discréditer la communauté internationale et la communauté africaine tout entière. Et donc ils ont eu le courage d’arrêter ce procès, de prononcer l’acquittement de monsieur Gbagbo et de monsieur Blé Goudé et d’ordonner leur retour immédiat dans leur pays. Ça a sauvé l’image et la réputation de la Cpi. Alors que cela continue. Nous sommes dans le salut de la Cpi, que nous continuons dans ce salut-là et que nous permettions à monsieur Gbagbo de rentrer. Il suffit de mettre fin définitivement à ce procès-là.

Je veux revenir rapidement à quelque chose que vous avez dit et qui m’a frappé, lors de votre procès en Côte d’Ivoire en 2016, vous avez évoqué cette fameuse arrestation en avril 2011 avec Laurent Gbagbo et on se souvient des images. Et vous avez dit ceci : j’ai subi plusieurs tentatives de viol en plein jour en présence de soldats français qui filmaient. C’est vrai ?
Qui filmaient. Qui filmaient ! Je les ai vus de mes yeux. Ce n’est que la conséquence d’une attitude de l’armée française et du gouvernement français de monsieur Sarkozy à l’époque. Parce que monsieur Sarkozy avait ordonné le bombardement de la résidence du chef de l’Etat, le bombardement de certains magasins pour ne pas que les Ivoiriens puissent aller faire leurs achats.

Ils voulaient vous tuer, vous et Laurent Gbagbo?
Ça, c’est à eux qu’il faut poser la question, moi, je ne sais pas quels étaient leurs objectifs. Grâce à Dieu, ils n’ont pas réussi à nous tuer, mais ils étaient bien présents. Ils étaient bien là quand les gens nous chassaient, quand les gens nous abattaient, ils étaient bien là et je n’ai pas vu un seul soldat français lever la main. Ils étaient là avec des caméras, je vous assure.

Vous étiez une militante, une vraie femme politique pas seulement la femme. Alors beaucoup de gens se posent la question aujourd’hui, quel est votre avenir, est-ce que vous avez un avenir politique en Côte d’Ivoire ?
Oh, nous sommes nombreux à avoir un avenir politique en Côte d’Ivoire. Nous sommes très nombreux. Et je pense, moi aussi, que j’ai un avenir politique, mais mon avenir immédiat, c’est de m’investir dans ce combat-ci, pour que notre pays sorte de cette situation. Et que nous renouons avec la démocratie dans la nation ivoirienne. Voilà mon avenir immédiat.

Une candidature, un jour, à la présidence, vous ne l’excluez pas ?
Je ne l’exclus pas mais pour le moment, ce n’est pas à l’ordre du jour.


Propos retranscrits par Diarrassouba Sory et Serge Amani

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