Accueil Economie Réhabilitations des routes / Amédé Kouakou, ministre de l’Equipement et entretien routier...

Réhabilitations des routes / Amédé Kouakou, ministre de l’Equipement et entretien routier : « Une des exigences des bailleurs de fonds, c’est qu’on mette des péages»

243
0
Route, Réhabilitation,Amédé Kouakou
Amédé Kouakou, ministre de l’Equipement

Construction de routes et ponts, réhabilitation de la Côtière, déversement de bétons sur les routes, entretien des routes et péage. Dans cette interview, le ministre Amédé Kouakou dit tout.

Des camions à béton déversent leur contenu sur le bitume, malgré vos interpellations il y a quelques mois, la situation n’a pas changé. Pourquoi cela ?

En France, au Canada, aux Etats-Unis, dans ces pays, on ne fabrique pas les bétons sur les chantiers. Ce sont des sociétés qui fabriquent les bétons qu’on appelle bétons prêts à l’emploi. Ce béton est fabriqué dans les centrales, dans des usines et on le transporte sur les chantiers dans des camions qu’on appelle camions-toupie. En Europe, en Amérique, il n’y a pas de béton qui se déverse sur la route. Cela veut dire qu’il y a des dispositions à prendre pour éviter ces déversements. Partout à Abidjan, toute la voirie a été reprise mais sur ces voies qui ont été traitées à coût de milliards, du béton est déversé par ces entreprises. Nous les avons interpellées et avons demandé que le tort soit réparé. Récemment, nous avons saisi une entreprise et elle a été obligée de nettoyer la route. Le Groupement ivoirien du bâtiment et des travaux publics (Gibtp), la faitière de toutes les entreprises des travaux publics, a décidé de coordonner cette action pour que des corrections soient faites sur tout ce qui a été déversé auparavant. Nous sommes en pourparlers avec le Gibtp pour que le tort soit réparé rapidement. C’est une préoccupation importante du gouvernement parce qu’on ne peut pas avoir investi autant d’argent pour que des sociétés viennent impunément déverser du béton sur la route. Nous avons proposé une réglementation qui va passer en Conseil de ministres pour voir les sanctions à prendre. Les entreprises qui déversent du béton sur la route seront sanctionnées.

En dehors de cette situation, il y a les embouteillages qui persistent par manque de route à Abidjan ?

Je suis très heureux de vous entendre dire qu’il y a des embouteillages parce qu’il y a certains Ivoiriens qui disent que l’économie ne tourne pas bien. S’il y a des embouteillages à Abidjan malgré les travaux qui sont faits, cela veut dire qu’il y a beaucoup de voitures à Abidjan. Ce qui veut dire aussi que le pouvoir d’achat des Ivoiriens a augmenté. Sur le boulevard Mitterrand, il y a un certain nombre d’échangeurs qui vont être construits à l’Ecole de police, à la Riviera 3, à la Palmeraie. L’échangeur Solibra est en finition, le 4ème pont qui est en train d’être construit, le pont de Cocody dont les travaux ont été lancés, on a lancé les appels d’offres pour la voie de contournement d’Abidjan, pour le prolongement du boulevard Latrille. Nous faisons tous ces travaux parce que la Côte d’Ivoire avance. Il y a beaucoup d’industries qui s’installent, beaucoup de personnes viennent à Abidjan, le pouvoir d’achat des Ivoiriens augmente donc ils achètent des véhicules. Il faut pouvoir mettre à leur disposition des infrastructures de transport de qualité. Si aujourd’hui, on constate qu’il y a des embouteillages, c’est parce que les Ivoiriens ont des revenus qui leur permettent d’acheter des véhicules pour se déplacer.

Il y a un autre problème que les Ivoiriens évoquent, c’est la question de la dégradation de la Côtière qui semble être oubliée !

Le gouvernement a décidé de faire fort. C’est-à-dire au lieu d’avoir une route simple comme on l’avait, il va y avoir une autoroute entre Abidjan et San-Pedro. Ce sont les deux (02) pôles économiques importants où il y a des ports. Il y a beaucoup de trafics, la zone Soubré, est une zone de production agricole de cacao, il y a toutes les plages qui sont à San-Pedro. Cela veut dire qu’il faut développer une infrastructure routière de qualité. Nous sommes en pourparlers avec toutes les entreprises. Les tracés ont été déjà faits, on sait où l’autoroute va passer mais votre question, c’est que la Côtière est en dégradation et comment on fait pour que les gens puissent se rendre aisément à San Pedro. On peut  avoir quatre grandes sections : De Dabou jusqu’à Grand-Lahou, la route est certes dégradée mais relativement en bon état. Lorsque vous prenez de Grand-Lahou jusqu’à Fresco, la route est complètement dégradée. Et donc des travaux sont prévus pour être réalisés ces temps-ci. Ensuite, il y a la section Fresco Sassandra. Elle est en mauvais état mais relativement acceptable. La 3ème section Sassandra-San-Pedro qui est dans un état de dégradation très très avancée. Ce que nous avons prévue faire, c’est de traiter d’abord la section Grand-Lahou-Fresco. Après on traitera la section Sassandra-San-Pedro et on reviendra pour traiter les sections moins dégradées. C’est le plan que nous avons prévu. Que les Ivoiriens retiennent simplement que le gouvernement se préoccupe de cette voie, c’est pour cela qu’on a décidé de faire une autoroute pour permettre une circulation aisée. On a commencé par le corridor Est, Nord, Ouest. Il reste ce dernier corridor pour aller vers San-pedro.

Qu’est-ce qui est réservé aux entreprises de construction des routes qui ne remplissent pas leur cahier des charges ?

Le gouvernement a pris des décisions pour dire que toutes les entreprises à qui on va attribuer un marché et qui ne vont pas l’exécuter, selon les normes, répondront à leurs charges. Vous voyez que depuis cette date, les choses ont beaucoup évolué et je dis merci au Gibtp pour avoir compris le message du gouvernement. Ce sont des montants importants qui ont été investis dans les routes. Si on n’a pas de surcharge, si on fait correctement l’entretien, je ne pense pas que ces routes puissent se dégrader aussi vite. Il y a quelques entreprises qui n’ont pas respecté les normes. Récemment, une entreprise qui était sur la route de Bassam-Samo-N’zikro a été relevée parce qu’elle ne travaillait pas comme il se devait. Certaines ont eu à reprendre des travaux mais dans l’ensemble, nous pouvons dire que tout se passe bien.

La question des péages au niveau des différentes routes qu’on construit, à quoi ça répond ?

Vous avez posé la question relativement à la Côtière. C’est une route où on passe et on ne paye rien. Or, il y a des économies qui coûtent cher. Un trou, 2 trous, 3 trous et aujourd’hui la route est complètement gâtée tout simplement parce que l’Etat n’a pas eu les moyens pour entretenir ces trous. Donc si vous quittez Abidjan normalement, au bout de 3 à 4 heures, vous devez être à San-Pedro. Mais même en 10 heures, vous n’êtes pas arrivés à cause de l’état de la route. Non seulement vous perdez votre temps, vous consommez du carburant mais aussi vous usez vos véhicules. Dans tous les pays comme le Ghana, le Togo, le Benin, le Burkina, la plupart des voies sont à péage. Il y a au moins un montant qu’on paye pour entretenir les routes. Mieux, lorsqu’on va emprunter de l’argent auprès des bailleurs de fonds pour réhabiliter ces routes, une des exigences de ces bailleurs, c’est qu’on mette des péages parce qu’ils estiment que si on met des péages, on peut au moins assurer l’entretien des routes. Il y a les péages mais aussi les pesages. On dimensionne les routes pour que sur chaque essieu, on puisse supporter 13 tonnes. Mais il ne faut pas dépasser 13 tonnes. Donc pour l’entretien des routes qu’on construit à coups de milliards, il faut des péages. Les tarifs seront étudiés pour qu’ils soient supportables !

Sur Yamoussoukro-Bouaké, Abidjan-San-Pedro, aura-t-on des péages ?

Bien-sûr quand on va finir, il faut qu’on mette des péages. Il faut que les populations comprennent. Parce que si on ne paye pas que la route se dégrade à nouveau, c’est elles qui vont en pâtir. Mais je pense qu’il vaut mieux s’aligner sur ce qui se fait partout ailleurs. En plus, ce sont des exigences des bailleurs de fonds. Le gouvernement va faire des études pour ne  pas que le montant des péages soit élevé pour que les montants qui seront récoltés permettent d’assurer un entretien correct de la route. Quand vous prenez l’Autoroute du Nord, avant il n’y avait pas de péage mais il y avait de hautes herbes, des arbres partout. Mais depuis qu’on a mis le péage, il y a des machines  qui nettoient la route. C’est ce que nous recherchons.

Le péage d’Adzopé n’est pas encore fonctionnel. Pourquoi ?

Il y a deux (02) postes, celui de Tomasset et celui de Moapé. Le poste de Moapé, les travaux du pont Comoé jusqu’à Abengourou jusqu’à Agnibilékrou ont été financés par l’Union Européenne. Mais c’était une exigence. Le poste de Moapé a été réhabilité, nous allons le rendre fonctionnel pour être conforme aux exigences du bailleur de fonds. Le poste de Tomasset a été aussi réhabilité mais quand vous arrivez à Tomasset, soit vous partez vers Adzopé ou Akoupé soit à Agboville. Mais c’est maintenant que nous sommes en train de réhabiliter la route d’Agboville. C’est pour cela que nous sommes en train de voir, parce qu’on ne peut pas faire payer quelqu’un pour passer sur une route qui n’est pas réhabilitée. Si la personne paye, c’est pour passer sur une route qui est réhabilitée.

Quelles sont les routes qui ont besoin de péage et celles qui n’ont pas besoin de péage ?

Toutes les routes se dégradent. Donc si vous faites une route où il n’y a pas de péage, elle ne sera pas réparée parce qu’on n’aura pas de ressources. Nous notre objectif, c’est que nos compatriotes comprennent qu’on veut que les investissements importants qui ont été faits puissent durer dans le temps. Quand on réhabilite une route, il faut un minimum de péage. Mais les montants de péage ne seront pas très élevés. 

Interview réalisée par DJE KM

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici