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Pr Tiona Ouattara, enseignant-chercheur : « Péléforo Gbon a été l’incarnation des valeurs du respect »

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Auteur de « La mémoire sénoufo : bois sacré, éducation et chefferie » (ARSAN, Paris 1988), et de « Côte d’Ivoire : Katiola, des origines à nos jours », (NEI, Abidjan 1998), ainsi que de nombreux travaux universitaires sur le monde sénoufo, Ferdinand Tiona Ouattara vient de publier « Coulibaly Péléforo Gbon, Patriarche des Sénoufo de Côte d’Ivoire (1868-1962) ».

Cette œuvre de 281 pages retrace la vie du plus illustre des dirigeants du peuple Sénoufo de Korhogo, Coulibaly Péléforo Coulibaly, qui est « monté sur le trône de la chefferie des Sénoufo-Tiembera en 1894 » avant de devenir chef de canton en 1899 puis chef supérieur des Sénoufo en 1942. Né vers 1860 à Lagbasekaa, son village maternel, situé non loin de Sinematiali, le patriarche Péléforo Gbon Coulibaly fut le chef par excellence du peuple senoufo. Homme de lutte, homme de valeur, il a été corps et âme pour la cause de ce peuple, situé au Nord de la côte d’Ivoire.

L’auteur rapporte que c’est « au cours de son règne, avec l’ensemble des Sénoufo des rives du cours d’eau Bagoé et du fleuve Bandama dans sa partie supérieure », qu’il «servit, successivement le roi Ba Bemba Traoré de Sikasso dans le royaume de Kénédougou, l’Almamy Samori Touré, conquérant mandingue, puis les Français de la colonie de la Côte d’Ivoire ». L’auteur n’a pas omis de parler, dans son livre, des liens historiques que celui-ci avait tissés avec « le médecin Félix Houphouët-Boigny à partir de 1944 ».

En somme, cette étude est une approche historique globale du vécu de ce personnage, patriarche des Sénoufo-Tiembara de Korhogo qui a développé les fondements de la philosophie pacifiste, elle-même fondée sur le dialogue. Dans une analyse diachronique, l’auteur fait la lumière sur l’histoire du peuple Senoufo incarnée par l’humaniste Péléforo Gbon Soro, animiste de naissance devenu Coulibaly par sa conversion à l’islam. L’histoire du patriarche Coulibaly Péléforo Gbon, né vers 1860 à Lagbasekaa, son village maternel, situé non loin de Sinematiali, conclut l’auteur, se confond à celle du peuple Sénoufo « Au-delà du personnage historique, nous rendons compte ici de l’histoire générale des Sénoufo.

Rythmée par les guerres intestines et les guerres extérieures mandingues, par la main-d’œuvre coloniale et par la maladie physique, psychique et morale, elle parait être une histoire annonciatrice de fin de monde que les Sénoufo subissent avec résignation » indique-t-il. Il a terminé pour dire qu’à travers cette étude, trois éléments sont à retenir. « Le premier élément est l’orthographe du second prénom du personnage qui nous concerne. Cette orthographe est « Gbon » signifiant « chimpanzé » ou « gorille », en langue Senoufo-Tiembara ».

Le deuxième élément est la dimension universelle du personnage. En effet, précise-t-il, « Sa notoriété a dépassé les frontières de sa famille, du pays Sénoufo, de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique de l’Ouest et de la métropole française. » Ferdinand Tiona Ouattara conclut que « Coulibaly Péléforo Gbon a été l’incarnation des valeurs du respect, de l’obéissance, de l’amitié, de la fidélité, du dialogue et de la paix. » « Coulibaly Péléforo Gbon, patriarche des Sénoufo de Côte d’Ivoire » (1868-1962) est paru aux éditions de la Fondation Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, 2021.
FRANÇOIS KONAN